dimanche 5 septembre 2010

Borom Sarret (1963): le plateau par Ousmane Sembene

Dans son premier court-métrage, "Borom Sarret", Ousmane Sembene filme un charretier aux prises avec les mutations urbaines. Un policier lui interdit l'accès au Plateau, dont il repart sans son outil de travail. Le Plateau y est filmé comme une zone interdite, lointaine, aseptisée. Les rues sont vides et les immeubles, blancs, imposants. La charrette, symbole de rusticité, fait tâche au milieu des quelques automobiles (Aronde, 2CV, etc.). Deux ans après l'indépendance, le Sénégal est entièrement tourné vers l'avenir et le Plateau s'en veut la preuve. Fini les borom Sarret, bienvenue dans la modernité.
Curieusement aujourd'hui, on croise encore quelques Borom Sarret en centre-ville... Ils n'y sont plus interdits. Plus grand chose n'est vraiment interdit d'ailleurs. Le film "Dakar... la rue publique" de Ben Diogaye Bèye, vient, 50 ans après le film de Sembene, en témoigner. L'espace public est privatisé, les trottoirs ont disparu sous les étals des marchands ambulants, et les 4x4 menacent les piétons qui s'aventurent au milieu de la chaussée, faute de pouvoir marcher ailleurs...
Une seule parenthèse le dimanche, où les rues désertent nous rappellent qu'un jour, il y a eu un geste urbaniste fort, laissant certes sur les bas-côtés les borom sarret mais ouvrant toutes les perspectives qu'offraient alors les attraits de la modernité.

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