samedi 4 septembre 2010

Comment ce qui est préservé peut rester vivant tout en évoluant ... (R.K.)

Rem Koolhaas vient d'obtenir le lion d'or à la Biennale d'architecture de Venise, pour l'ensemble de son œuvre. Il présente justement à Venise, une exposition questionnant le patrimoine et la préservation. Vous trouverez ci-dessous quelques extraits d'une interview donnée au Monde, qui éclairent brillamment nos modestes intuitions concernant la préservation du Plateau... 

"Votre second constat se focalise sur l'architecture dite moderne...
Oui, sur la volonté acharnée partout dans le monde, en Europe comme en Chine, en Russie comme aux Etats-Unis, de faire disparaître toutes les traces de l'architecture des décennies qui ont suivi la seconde guerre mondiale. Le nombre d'édifices qui disparaissent est véritablement effrayant, comme s'il s'agissait d'éradiquer la pensée sociale qui leur est liée. Ce n'est pas seulement une question esthétique, architecturale ou urbaine. Les conséquences en sont fondamentalement politiques, ne serait-ce que dans la mesure où ces destructions conduisent à effacer des témoignages de l'histoire. Le rejet de ce langage moderniste n'a évidemment pas trouvé de solutions dans les modèles postmodernes, telle que la Biennale de Venise organisée par Portoghesi en 1980 les avait fait découvrir.
En même temps, comme vous l'avez dit, on ne peut pas tout préserver...
Bien sûr. Mais il faudrait pouvoir changer le regard des gens dans un sens d'ouverture. Un des endroits les plus beaux que j'ai vus à Pékin est une zone d'habitation pour les travailleurs. Elle doit dater des années 1950 et les bâtiments de brique qui la composent sont terriblement délabrés. Ils tiennent avec des squelettes métalliques implantés à même la terre, car il n'y a pas de chaussée ni de fondations solides. C'est à la fois beau, tragique, fragile - et les occupants continuent de l'habiter de façon émouvante. Il est impossible pourtant que cela reste en place : pour que de tels édifices "ordinaires" perdurent, il faudrait y maintenir une population et un mode de vie d'une très grande pauvreté.
J'ai eu un sentiment semblable devant la destruction du mur de Berlin. Il avait bizarrement la même fragilité devant ceux qui venaient le démolir en 1989. N'était-il pas possible de prendre son temps, d'éviter d'effacer trop vite cette trace de l'histoire ?"

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